Les crêpes dans l’intégrale des Mémoires de Jean-Marie Déguignet

Ergué-Gabéric a vécu au printemps 2016 un temps fort sur la crêpe initié par l'équipe dynamique des"Brezhonegerien Leston". L'occasion pour les fureteurs d'Arkae de s'interesser à la tradition locale des crêpes bretonnes. Nous avons recherché dans les écrits de Déguignet les occurences où il parle de la crêpe. Parfois ces citations n'ont qu'un rapport succint avec l'art culinaire. Voici le travail de recherche de Marilyne Cotten-Nemo :

 

 

C’est probablement parce qu’elles font partie du quotidien des familles bretonnes que Déguignet ne s’attarde pas spécialement sur les crêpes. Elles constituent en effet la base de l’alimentation avec le pain noir (moins apprécié que le pain blanc). Crêpe et pain noir sont souvent associés (coordonnés par « ou/et »). Ils figurent ainsi dans les mémoires comme des équivalents.

Le plus souvent, Déguignet cite ces deux aliments dans le contexte de la pauvreté :

 

- Une crêpe ou du pain noir, c’est le moins que puisse recevoir un pauvre en aumône :

« J’allais tous les jours chez les fermiers des environs demander à dîner, et souvent, après m’avoir bourré mon petit ventre de bouillie d’avoine, on me donnait encore des morceaux de pain noir et des crêpes moisies pour emporter à la maison. » (p. 32)

« La patronne venait m’apporter un morceau de pain ou des crêpes. » (p. 94)

- Les crêpes et le pain noir rappellent à Déguignet adulte son enfance pauvre : « Autrefois, je restais à marmotter des prières en attendant une crêpe, un morceau de pain noir ou une pincée de farine de blé noir ou d’avoine, et maintenant je me trouvais le premier à la table, à la place d’honneur » (p 325). Pour le riche, qui peut avoir un véritable repas, la crêpe ou le pain noir ont peu de valeur. Ils peuvent faire partie des restes dont on se débarrasse.

- Dans la maison du pauvre, les poêles à crêpes et les crêpes sont des éléments centraux du quotidien. Elles symbolisent la pauvreté d’une famille ou d’un peuple. Elles sont même, au-delà, la marque d’une extraction basse :

 « [en nous] promenant à travers les ruines d’un faubourg [de Sébastopol en ruines], nous entrâmes dans une petite maison qui n’était pas entièrement écroulée. Cette maison avait dû être abandonnée précipitamment par ses occupants, des pauvres ouvriers sans doute, car on voyait sur le foyer, les poêles à crêpes avec tous les accessoires qui servent à fabriquer les crêpes et les galettes ; sur une table à manger, nous trouvâmes des crêpes et du pain noir. Là, je me crus encore en Bretagne, dans un de ces pauvres pentydans lesquels j’avais passé mon enfance. Tout y était de même […]J’en fis l’observation à mon maître, il me répondit qu’il n’y avait là rien d’étonnant, les Tartares et les Bretons étant encore un peu à l’état primitif, au début de la civilisation. Or la civilisation a partout commencé par les mêmes instruments en pierre, en terre et en bois, des habits de peaux de bêtes et d’écorces d’arbres ; beaucoup de peuplades en sont encore là, d’autres à peine sorties. » (p. 193)

 « Comment avoir assez de pain et de crêpes pour quatre personnes avec les huit sous par jour que le père apportait à la maison quand il pouvait travailler, et le peu de mauvaise farine que j’y apportais trois fois par semaine ? » (p. 75)

La bilig, la « poêle à crêpe » apparaît aussi dans une anecdote sur les « chauffeurs » de la période révolutionnaire, où le cruel se mêle au cocasse. Déguignet cite, non sans ironie, l’histoire de « trois ou quatre richards de la commune » à qui les dommerien ont fait « rôtir » les fesses sur une poêle à crêpes pour les « forcer d’avouer où étaient leurs trésors » (p. 82, voir aussi référence donnée en note 112 : Fanch Nédélec, de Kergoant, a subi cette torture). Les pauvres se servant de leur poêle à crêpe pour se venger des riches ?

La « poêle à crêpe » réapparaît dans une comparaison avec les écobues. Lors de l’écobuage, certains ouvriers, suspectés à cause de leur force exceptionnelle d’être les « ouvriers de satan », font voltiger « une vingtaine de mottes larges comme une poêle à crêpe » (p. 110). Les écobues ressemblent par leur taille aux bilig (environ 25 cm de largeur sur 30 à 40 de longueur, selon Gustave Heuzé). Le contexte (l’écobuage implique l’incinération du gazon et la présence de fourneaux) a pu faciliter le glissement sémantique de l’agriculture à la cuisine. On retrouve par ailleurs dans cette mention de la poêle à crêpes l’idée d’un pouvoir diabolique, infernal.

Redevenu pauvre à la fin de sa vie, Déguignet s’alimente chez une crêpière-épicière, personnage antipathique auquel il doit donner « tout [son] argent pour payer [sa] nourriture » : « Il y a dix ans que je suis ici dans cette boîte et il y a aussi dix ans que je prends ce que je mange chez une crêpière-épicière qui demeure presque en-dessous de moi. […] Cette crêpière-épicière a comme beaucoup de ses semblables beaucoup de vices dans son corps dont les moindres sont l’emportement, la colère, l’orgueil, l’ignorance, l’inconscience, l’hypocrisie et la calomnie » (p. 697).

 

 

LE MANOIR DE TOULVEN à la une du N° 9 de la revue Châteaux et manoirs de Bretagne

alt
La nouvelle livraison du magazine Manoirs et châteaux de Bretagne s'intéresse à deux manoirs de la région de Quimper. Le manoir de Creac'hqueta en Pleuven et celui de Toulven en Ergué-Armel.

Celui-ci nous est familier par les descriptions que nous a laissé Jean-Marie Déguignet, fermier de Toulven de 1868 à 1883.
On connait mieux par l'article de Christian Bolzer les occupants nobles de Toulven devenus après des joutes électorales épiques les ennemis intimes de J.M. Déguignet : "ignoble noble, assassin et bandit, immonde créature cachée dans ton repaire, pour toi bourreau infâme sois à jamais maudit."
L'auteur cite plusieurs fois notre Déguignet tout en nous donnant un portrait plus équilibré des occupants du manoir.

Antoine le vieil oncle érotomane, (décédé en 1869)

Ferdinand-Alexandre Malherbe de la Boexière (1829-1908) propriétaire de la Métairie de Toulven tenue par J.M.Déguignet.


L'article est illustré de photos de ce coin de paradis en bordure d'Odet.
L'occasion de relire le chapitre de l'integrale des mémoires d'un paysan bas-breton intitulé "Le cultivateur". Déguignet y apparait comme un paysan modéle, moderniste. Son opposition à son propriétaire vient surtout d'un différend électoral en 1877. Déguignet le républicain s'opposant fermement aux monarchistes.
Histoire de ma Vie pp 303-407

 

Contact :

Association Mémoire de Bretagne 53 impasse de l'Odet 29000 Quimper

Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
 

 

 

Les contes de Déguignet de nouveau disponible !

Contes et légendes de Basse-Cornouaille

 

 

altPublié en 1998 les Contes et légendes de Basse-Cornouaille de Jean-Marie Déguignet ont été rapidement épuisés. Arkae vient de retrouver une caisse de ce précieux livre de 168 pages qui reprends l'ensemble des Contes et légendes entendu par l'auteur dans la région de Quimper au XIXème siècle. Ce livre est illustré de façon magistrale par Laurent Quévilly.

Une aubaine à saisir immédiatement ! il ne reste que trente exemplaires.

Arkae sera présént au festival du livre de Carhaix les 25 et 26 octobre.

Vous pouvez aussi le commander en adressant un chèque de 10 euros à

3 rue de Kerdévot
29500 Ergué-Gabéric
 

Quand Deguignet inspire le théâtre

 

Loic Pichon est un des grands noms de la scène parisienne. Il a écrit une pièce "Rêveries d'un potier solitaire", une one man show de belle tenue qui a fait la une des média en 2013. Le Nantais revendique haut et fort son inspiration dans "Les Mémoires d'un paysan Bas-Breton". Le potier solitaire est à l'image de l'ermite du Stangala, refuge provisoire de Déguignet à son retour de la guerre du Mexique.

http://www.lefigaro.fr/theatre/2013/07/10/03003-20130710ARTFIG0...

Curieusement Jean-Marie Déguignet qui a vécu 12 ans de sa vie à Toulven, haut lieu de la poterie pres de Quimper ne parle jamais de cette activité qui a fait les beaux jours des faiëncerie de Locmaria. Le gisement de kaolinite de Toulven est connu, on y voit encore des restes de l'industrie de la faiënce en cet endroit

 

alt

 

 

 

Le témoignage de Déguignet repris 16 ans après sur France Inter

 

Jean Le Brun, animateur de l'émission "La marche de l'histoire" sur France Inter vient de consacrer une émission sur "être Breton" suite à la finale de la coupe de France Guingamp-Rennes.

Le journaliste a branché son invité Jean-Michel Le Boulanger sur ce XIX ème siècle ou le sentiment breton s'est fortement enraciné suite à la publication du Barzaz Breiz. Jean-Marie Déguignet tord le coup au cliché d'une Bretagne chouanne, catholique et conservatrice.

L'émission peut s'écouter sur

http://www.franceinter.fr/emission-la-marche-de-l-histoire-guingamp-rennes-comment-peut-on-etre-breton

Le passage sur Déguignet se trouve au time code 10'37"

Ainsi 16 ans après l'éloge dithyrambique du livre de Déguignet sur France Inter par Michel Polac, "les Mémoires d'un paysan Bas-breton n'arrête pas d'étonner tous ceux que le XIXème passionnent.

alt alt alt

 

 

Site de l'éditeur des Mémoires d'un paysan bas-breton        

Les Mémoires d’un paysan bas-breton édités en 1998 par l’association Arkae d’Ergué-Gabéric et les éditions An Here du Relecq-Kerhuon, ont connu un succès d’édition exceptionnel.  

Plus de 400 000 exemplaires se sont vendus à ce jour en France. Les éditions tchèque, américaine et italienne lui ont donné une aura internationale. Mais le livre continue à vivre d’une manière étonnante par nombre d’études et de citations, tant en France qu’en Italie, qu’en Russie qu’en Algérie ou au Mexique : les pays fréquentés par Déguignet.

Il n’y a plus une étude de sciences humaines sur le XIXe siècle qui ne se publie sans qu’on y cite Jean-Marie Déguignet.  

L'édition complète des manuscrits de Déguignet est disponible dans un ouvrage de 944 pages auprès de l'association Arkae 5 rue de Kerdevot 29500 Ergué-Gabéric.

Ce site se veut le lien entre tous ceux qui s’intéressent à l’exceptionnelle destinée du « Paysan bas-breton ».

   

Actualités

 

Le témoignage de Déguignet repris dans un best-seller de Noël : "Les Paysans"

Les éditions Les Arènes de Paris viennent de publier un livre de récits, témoignages et archives de la France Agricole de 1870 à 1970 qui fait un tabac depuis sa sortie en octobre 2013. Notre breton Jean-Marie Déguignet y trouve naturellement sa place avec un texte racontant le triomphe des républicains à Ergué-Armel lors des élections législatives du 20 février 1876 dans la circonscription de Quimper dans le Finistère. Louis Hémon candidat Républicain l'emporta contre le monarchiste Augustin Dumarnay.

Plus de 300 témoignages et documents inédits sur le monde rural.

Mémoires et journaux intimes, agendas, lettres, plans d'exploitation, livres de comptes, réclames, modes d'emplois de matériels, almanachs, photographies de famille...

Autant de témoignages, d'existences laborieuses souvent rudes, mais toujours riches en relations humaines

Les deux auteurs , Philippe Madeline et Jean-Marc Moriceau dirigent le Pôle rural de la Maison de la recherche en sciences humaines de Caen ont réunis un corpus de textes et de photographies qui font honneur au monde paysan ancien.

alt alt

 

 

Deuxième édition américaine pour Déguignet

Memoirs of a breton peasant

 

    On en parle dans la presse    

Le Poher Hebdo - 20 juin 2012

Le livre "Mémoires d'un paysan bas-breton" distribué en anglais

Bernez Rouz, membre du conseil culturel de Bretagne et éditeur du livre "Mémoires d'un paysan bas-breton", à partir des cahiers de Jean-Marie Déguignet, a présenté la nouvelle édition en langue anglaise dans les locaux d'AIKB.

Dans ces cahiers, Jean-Marie Déguignet décrit sa vision de la Breatgne enrte 1834 et 195 ; ce qui en fait un document social et humain de la vie rurale au XIXe siècle. Lire la suite.

 

Retour sur les bretonnismes

  • par Jean-François Douguet

V’la bien trois s’maines passées maint’nant qu’Hervé Lossec, un gars du nord (non pas un cheti, du nord Finistère, du Léon quoi) est venu au grand Ergué conférencer sur comment on cause ! A l’entendre, on voyait bien que çui là faisait un peu la moque à nous. Pourtant ici on cause comme çà depuis longtemps, sans faire plus de chichi que çà.

Lire tout l'article

 

  • relevés par Hervé Lossec (exemples tirés des pages 35 à 45 des Mémoires d’un paysan bas-breton).
 
Il ne faisait pas beau suivre ce chemin
Ne oa ket brav mont gant an hent-se
En français on dirait « il ne faisait pas bon »

Nous avions à faire à un autre sauvage
D’ober hon doa gant un den gouez-all
Le français utilise « avoir affaire à », tandis que le breton utilise l’expression « Kaout d’ober gant unanbennak » : « avoir à faire avec quelqu’un ».

Lire tous les bretonnismes relevés par Hervé Lossec

 

 

Deuxième édition américaine pour Déguignet

Memoirs of a breton peasant

 

Memoirs of a breton peasant - Jean-Marie Déguignet

L’édition poche des Memoirs of a breton peasant vient de sortir au mois d’octobre à New York.

Seven Stories Press qui avait publié la traduction de Linda Asher en 2004 explique par la voix de son manager Dan Simon, le véritable coup de cœur que les responsables de la prestigieuse maison d’édition New Yorkaise ont eu pour l’écrit phare de Déguignet :

« I just want to say that several people among us here at Seven Stories would probably choose Memoirs of a Breton Peasant as their favorite book, or one of their favorites, among the 500 or so titles we have published. It is truly something unique and irreplaceable, the world would be a poorer place without it. »

« Je dois dire que plusieurs personnes travaillant à Seven Stories Press, choisiraient les « Mémoires » comme leur livre favori ou l’un de leurs livres favoris parmi les 500 que nous avons publié depuis. C’est véritablement quelques chose d’unique et d’irremplaçable, le monde serait plus pauvre sans ce témoignage ».

 
Plus d'articles...