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Critiques

Histoire de ma vie : l'intégrale des mémoires d'un paysan bas-breton - Jean-Marie Déguignet

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Anonyme - Dijon le 28.09.2003 - Fnac
Livre tres interessant presque passionnant
Il parait rebarbatif au début mais on se laisse entrainer par les aventures de ce breton pas comme les autre qui s'instruit lui même. C' est un bon exemple de volonté! il nous emmene dans son periple.de plus ce livre nous permet d' apprendre des expressions bretonnes : c'est une ouverture sur une autre culture.
 
 
Foxie- Rue des livres
La lecture de ces carnets laisse un sentiment mitigé: à la fois une impression de se faire « rouler dans la farine » par la forme de la publication et par l’apparente forfanterie du Sieur Déguignet. Tout en admirant le parcours exceptionnel de cet autodidacte enragé,( l’homme n’aurait-il pas eu la tête un peu grosse pour son bonnet ?) il faut cependant avoir à l’esprit que ces carnets ont été écrits sur le tard, alors que Jean Marie en était revenu , à la fin de sa vie, à mendier son pain… et parfois son encre : ce qui peut expliquer son alacrité sur sa Bretagne natale, sur la religion et ses clercs, sur la bêtise l’ignorance et la superstition des gueux dont il partageait la condition.
Ceci dit, il nous fait traverser un demi-siècle d’histoire de la paysannerie, une bonne tranche des guerres du Second Empire en passant de Sébastopol à l’Italie, de l’Algérie à la triste aventure mexicaine : l’envers du décor de l’Histoire en somme… enfin de celle que l’on raconte à l’école à nos chères petites têtes blondes ou brunes. Sur tous ces sujets Jean Marie ne mâche pas ses mots. On ne peut lui reprocher sa sincérité tranchant dans le vif de l’hypocrisie ordinaire des biens- pensants.
 
Woland sur : http://blog.bebook.fr

Figure récurrente dans "Histoire de Ma Vie", et non des moindres : le Christ.

Déguignet passe les trois-quarts de son livre à le traiter de tous les noms d'oiseaux qu'il connaît - et il en connaît pas mal. Mais dans la dernière partie et sans renoncer un seul instant à ses injures, il reconnaît aussi l'aspect révolutionnaire, voire anarchiste du personnage. Car il y a beaucoup de contradictions chez Déguignet. Celle qui m'a le plus frappée - et amusée car je comprends parfaitement le raisonnement et je l'approuve - est celle-ci :

Déguignet commence par se moquer des saints bretons qui, de fait et comme lui-même le savait déjà, ne sont que des récupérations faites par l'église chrétienne de personnages légendaires celtiques, voire parfois de simples noms de lieux-dits - eh ! oui. Puis, il observe - et l'on sent son indignation qui gonfle, qui gonfle, qui va éclater - qu'aucun de ces saints ne semble connu des livres pieux de l'époque. Il en conclut donc que les saints bretons ne se retrouveront jamais au paradis mythique où se dorent leurs confrères juifs, grecs, romains, etc ...

Et d'assener, avec un mépris somptueux :

- "Mais de toutes façons, nous, Bretons, nous n'avons que faire de votre paradis !"

... Il ne menace pas d'en créer un spécialement pour les saints discriminés mais ... c'est tout juste. ;o)

C'est par des traits aussi attachants que cette étrange personnalité trouve le moyen de toucher encore nos coeurs.

Biroux sur : http://www.ciao.fr
 
Je crois bien que depuis "le cheval d'orgueil" de Pierre-Jakez Helias, aucun bouquin sur la Bretagne profonde n'avait remporté un tel succès. La dernière fois que j'ai vu le bouquin de Deguignet en librairie, un bandeau proclamait 120 000 exemplaires vendus. Pas mal pour la bio d'un pov' paysan d'Ergué Gabéric (Finistère) né dans les années 1830 et mort en 1905.

Il faut dire que le bonhomme a eu un parcours des plus étonnants : né dans une famille plus que misérable, il a passé sa jeunesse entre mendicité et placements dans des fermes, et puis, au début des années 1850, il s'est engagé. Napoléon III étant fréquemment d'humeur belliqueuse, le Jean-Marie a crapahuté de Crimée en Italie, et d'Italie au Mexique (la calamiteuse épopée de l'empereur Maximilien... ah ! souvenirs lycéens !). Au bout de 14 ans de service, de retour au pays, il se marie et reprend une ferme en pleine débacle. Adepte de l'agriculture scientifique, et de surcroit farouche républicain et bouffeur de curé acharné, il a tôt fait de s'attirer de solides inimitiés chez les notables locaux, et finira sa vie quasiment dans la misère où il l'a commencée, avec pour seule consolation la publication du début de ses mémoires, sous les auspices d'Anatole Le Braz, célébrissime écrivain breton d'alors.

Les éditeurs ont retrouvé ces mémoires sous forme de cahiers manuscrits impropres à toute publication et en livrent ici un "digest", débarrassé, nous disent-ils, de nombreuses redites, digressions et ratiocinations. On veut bien les croire, mais tout de même, on se dit : qu'est ce que ça devait être ! Car Deguignet, tout vivant que soit son récit, apparait fréquemment comme un type pour le moins entier : râleur invétéré, intransigeant, pourfendeur d'à peu près tout le monde, et se sentant à l'évidence entouré de pauvres c...s alors que lui sait tout et a tout compris !

Pour autant, certains passages valent vraiment d'être lus. Curieusement pas les plus "exotiques" (l'histoire de ses campagnes militaires est vraiment trop vue "par le petit bout de la lorgnette"). Non, ce sont les chapitres consacrés à la vie dans les campagnes au milieu et à la fin du XIXème qui sont fascinants, tant ils décrivent bien les inégalités criantes et la chape de plomb que font peser le clergé et la noblesse sur la paysannerie. Certaines séquences sont dignes de Clochemerle : ainsi quand le noble local offre à ses gens, un jour d'élections, un grand banquet, avant de les emmener en rang par deux au bureau de vote, chacun dûment muni du bulletin portant le nom du candidat monarchiste !...     Avis de Février 2001

 
 

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