Apprendre à écrire  manuscrits, p. 472-473

Aussitôt que je me trouvai au champ avec mes vaches, je pris mon crayon, une feuille blanche et je [me] mis à essayer à former des lettres, mais je reconnus bientôt qu'il me serait plus difficile d'apprendre à écrire qu'il n'avait été d'apprendre à lire. Ma tête apprenait vite tout ce qu'elle entendait et voyait mais ma main n’avait pas les mêmes facultés que ma tête ; celle-ci habituée à manier de lourds instruments n'était pas faite pour manier le crayon. J'arrivais bien à former des a et des b, mais d'une façon grossière et en trouant le papier; avec mes doigts ou le manche de mon fouet je les faisais mieux sur la terre ou dans le sable. N'importe, je ne perdais pas courage; chaque fois que je me trouvais dehors avec mes vaches et lorsque j'étais sûr que personne ne pouvait me voir, je recommençais toujours à fabriquer tant bien que mal les lettres de l'alphabet, majuscules et minuscules ; puis, ensuite je griffonnais les mots vache, taureau, cheval, choux, foin, paille et beaucoup d'autres termes agricoles que je voyais écrits sur les modèles. Mais j'étais furieux de ne pouvoir former une seule lettre telle que je les voyais là.