En partant pour la Crimée. Escale à Malte - 1855  manuscrits, p. 578-579

Le lendemain, nous arrivâmes à l'île de Malte. Là, on s'arrêtait. Les Anglais étaient chez eux. Aussitôt que les navires furent arrêtés, nous fûmes entourés d'une nuée de petits bateaux, tous remplis de fruits les plus appétissants. Les marchands et les marchandes nous appelaient en toutes langues, excepté en breton, je n'entendis aucun. Mais de grands bateaux arrivèrent bientôt et obligèrent les petits à s'éloigner. Ceux-là étaient chargés de provisions pour nous et l'équipage ; on en embarqua toute la journée. Le vapeur chargea aussi du charbon. Pendant que les Anglais travaillaient, les soldats se baignaient pêle-mêle avec les jeunes naturels qui jouaient sur l'eau et y fumaient leurs cigarettes comme s'ils eussent été sur le gazon. Quand on jetait des sous dans l'eau, ils plongeaient dessus et réapparaissaient bientôt avec le sou à la main. C'était de vrais amphibies. On se baignait en costume du père Adam et ni les hommes, ni les femmes ne faisaient pas plus attention à ce costume primitif qu'au plus beau costume moderne. Vers le soir, tout était prêt et on leva les ancres pour partir. Les soldats avaient repris les jeux de loto, installés par groupes sur le pont; on entendait les appellations militaires de toutes ces boules dont chacune avait un nom particulier et très significatif qui faisait rire les Anglais eux-mêmes.