Les premiers mots lus en français - 1851  manuscrits, p. 449- 451

Le Monsieur1 faisait l'école au Likès de Quimper en ce qui concernait l'agriculture, et toutes les semaines ses élèves venaient prendre des leçons pratiques à la ferme : on les distribuait entre tous les travaux que l'on faisait, les uns à la charrue, d'autres avec les journaliers à faire des travaux manuels, d'autres vers moi pour apprendre à soigner les vaches et soi-disant pour m'aider. Mais c'était plutôt pour m’embêter, car ces élèves laboureurs, qui étaient tous des riches, ne se souciaient guère d'apprendre à soigner les vaches; ils ne songeaient qu'à jouer, ce qui, au lieu d'avancer ma besogne la retardait au contraire. Il me rendirent cependant de bons services. Par eux, j'appris beaucoup de mots français, les mots dont j'avais le plus besoin afin de comprendre le Monsieur tant bien que mal dans mon service. Puis ces élèves semaient des morceaux de papier partout par là ; je les ramassais tous, cherchant à déchiffrer quelque chose dans cette écriture à la main, toute nouvelle pour moi. Malheureusement les lettres ne ressemblaient pas du tout aux lettres moulées; c'était du grec pour moi. Un jour, je trouve une feuille plus grande que les autres sur laquelle se trouvait l'alphabet. Cette trouvaille me fit plus de plaisir que si j'avais trouvé un tonneau d'or. Etant obligé de suivre les vaches quand on les menait au champ, je pouvais là, sans perdre du temps, étudier les morceaux de papier dont ma poche était toujours remplie. Dès que j'eus appris l'alphabet je pouvais facilement lire tout cela. Ce n'étaient tous que des copies des choses agricoles.

1. François OLIVE (1819-1886), professeur d'agriculture et directeur de la ferme-école de Kermahonnec en Kerfeunteun, où est alors employé J.-M. Déguignet.