Rencontre avec l’Empereur Maximilien - 1868  manuscrits, p. 1033 - 1036

Un jour, j'étais à commander la corvée des démolitions de la citadelle, les défaiseurs de paquets de cartouches, quand le pauvre Sire Maximillien vint à passer à cheval devant la porte où je me trouvais. Ayant jeté un coup dans l'intérieur où il vit tant de soldats en travail, il s'arrêta près de moi et me demanda en assez mauvais français qu'est ce que ces soldats faisaient là-dedans. Je lui dit carrément ce qu'ils faisaient. Alors il partit sans plus rien dire, mais en me saluant comme si j'eus été son supérieur. Et par le fait, j'étais plus que lui. J'étais caporal remplissant les fonctions de sergent tandis que lui n'était qu'un simple rien de tout. Cependant, voyant que cet imbécile avait l'intention de rester là après nous, un jour, je pris une feuille de papier pour lui écrire, lui expliquer la situation dans laquelle il était au Mexique et dans laquelle, pire encore, il allait se trouver après le départ de l'armée française. Mon ami de Durango m'avait si clairement expliqué toutes les questions politiques et autres concernant son pays et, le long de la route, j'en avais encore trouvé de bons libéraux qui n'avaient plus peur maintenant de parler et me confirmèrent tout ce que m'avait dit l'ami de Durango. Je ne sais pas si cet empereur de paille vit ma lettre car ces malheureux rois et empereurs sont toujours entourés de légions de courtisans qui ne veulent pas que leurs maîtres sachent rien de vrai de ce qui se passe dans leurs royaumes. Cependant quelques jours après, Maximilien avait quitté Mexico clandestinement et alla jusqu'à Orizaba. Mais là, il fut arrêté et retourna dans la capitale. Bien des gens, de ceux qui ont connu quelque chose de cette misérable guerre, se sont demandés quelle idée ou quelle force ou quelle folie avait fait retourner Maximilien à Mexico au moment même où l'armée française allait la quitter pour toujours. L'explication n'était pourtant pas bien difficile. Tous les cléricaux qui s'étaient ralliés à Bazaine et à Maximilien, trahi et vendu leur pays à ceux-ci, se voyant perdus, voulurent au moins que celui à qui ils avaient vendu leur patrie, reste là pour mourir avec eux. Ils n'eurent pas grande peine à persuader ce pauvre ignorant qu'il serait maintenant vraiment Empereur du Mexique une fois Bazaine parti ; que le peuple mexicain profondément religieux et n'écoutant que la voix du clergé le proclamerait à l'unanimité et avec enthousiasme dès qu'il serait délivré du tyran Bazaine. Et le pauvre imbécile les crut et se laissa faire. De retour à Mexico, et lorsque les dernières troupes françaises furent parties, on lui montra une armée, l'armée impériale à la tête de laquelle il n'avait qu'à marcher à la rencontre de l'armée républicaine. Celle-ci fuirait immédiatement ou plutôt se rendrait, à discrétions, à son empereur catholique, le sauveur du Mexique. Et l'idiot, énivré par la gloire et aveuglé par l'ignorance de toutes choses, monta à cheval et marcha à la tête de ses margouillas jusqu'à Queretaro où il fut immédiatement abandonné par toute son armée impériale.