Un aperçu de Jérusalem - 1856  manuscrits, p. 696 - 698

« Je regardai aussi cette espèce de petite chapelle octogonale placée au milieu du temple [dont] on nous avait déjà parlé. C'est dans cette boite, vraie boite de prestidigitateur que le grand patriarche grec, le chef supérieur de ce temple, fait descendre l'Esprit Saint pendant les fêtes de Pâques russes. Sur les apôtres cet esprit était descendu, sous forme de sept langues de feu, du ciel bien entendu. Mais dans cette boite, il descend tout simplement du bout d'une allumette, le long d'une petite mèche soufrée. Aussitôt que le feu est allumé, le grand prestidigitateur ouvre les petits guichets percés tout autour de la boite et les fidèles se précipitent pour allumer leur chandelle à ce feu céleste, puis avec cette chandelle ils se frottent le front, pour y faire entrer sans doute ce qui y manque. Les femmes se frottent en outre les seins et même, nous affirmait-on, plus bas encore. Mais ce qui m'avait le plus frappé dans cette grande boutique de charlatans, c'était un Christ, assez vilain, un Saint Jean et une Mater Dolorosa, ressemblant parfaitement et placés dans les mêmes postures que ceux que j'avais vu si souvent dans l'église d'Ergué-Gabéric où j 'avais fait ma première communion.

Nous ne restâmes pas bien longtemps du reste dans ce repaire de voleurs : on y étouffait. Courir dans les rues était une misère, on ne pouvait faire un pas sans être assommé par les vendeurs de bibelots et les demandeurs de bakchich. Nous nous décidâmes d'entrer dans une auberge en attendant de retourner à la maison pour dîner. Le soir, nous allâmes voir le Mont Sion, le couvent des Arméniens, le temple d'Omar, dans lequel les prêtres de Mahomet exploitent les vrais croyants de la même façon que les prêtres chrétiens, sauf qu'ils sont moins divisés. »

Jérusalem en 1845 - Le Magasin Populaire.