Napoléon lll à Châlons - 1859  manuscrits, p. 728- 730

L'empereur voyageait en Bretagne accompagné de sa belle Espagnole ou "l'Andalouse à poils roux". Après avoir parcouru la Bretagne et la Normandie pour montrer aux Bretons et aux Normands qu'il n'avait pas été assassiné, il vint au camp de Châlons pour voir la fin des manœuvres. Ce fut là que j'eus l'honneur de voir cette triste figure de Napoléon le petit qui ne ressemblait en rien aux Buanaparte desquels du reste il ne descendait pas, puisque Victor Hugo nous a dit qu'il était le fils adultérin d'un amiral hollandais, un nommé Varuel. Là, ce beau couple impérial, le Badinguet et la Badinguette, étaient chez eux, dans leur famille militaire, aucun civil ou pékin[1] n'ayant le droit d'approcher du camp. On voyait souvent la belle Eugénie de Montijo se promener toute seule dans le camp comme une simple grisette, allant dans les cuisines causer avec les marmitons et faisant semblant de goûter leur souper d'autrefois. Elle allait à cheval entourée de ses cent gardes ; de ces beaux hommes, les plus beaux de France, choisis par elle pour former son sérail masculin. Le jour de la grande revue de fin de manœuvre fut rude pour nous les voltigeurs et les grenadiers. Après avoir été sac au dos depuis quatre heures du matin jusqu'à trois heures de l'après-midi ; à peine eûmes-nous le temps de manger la soupe, qu'il nous fallait remettre le sac sur le dos pour aller à Reims où leurs majestés devaient aller le lendemain.