Lettre en vers au lâche Malherbe de la Boixière  Rimes et révoltes, p. 35 - 38.

Le second de mes fils1 est également mort depuis que je suis ici dans ce trou, mort à l'hospice bien entendu, où vont mourir tant de pauvres gueux. C'est là que nous allons après une vie de mercenaire, de travail et de misère, offrir nos pauvres corps meurtris et décharnés aux exploiteurs du corps humain, aux médecins et carabins qui s'en servent comme pièces anatomiques pour s'exercer à empoisonner et à tuer leurs clients, suivant toutes les règles de l'art, comme leurs confrères les tonsurés s'exercent au séminaire à exploiter les âmes, suivant toutes les règles jésuitiques. Ce sont deux arts qui marchent de pair et dont les victimes ne viennent jamais se plaindre d'avoir été maltraitées, trompées et volées. Au moment de la mort de mon fils, j'étais malade moi-même, malade de froid et de misère. Cependant, le jour de l'enterrement, je pus encore prendre ma plume et tremblant et grelottant sur mon grabat de fougères, j'écrivis cette lettre en vers au lâche Malherbe de la Boixière2, bourreau et assassin :

1. Yves Déguignet : 1878-1897.
2. Propriétaire de la ferme de Toulven, en Ergué-Armel où ont vécu les Déguignet.