Guerre de Crimée - A l'assaut des Russes - 1856  Intégrale, p. 6.20

Mais sur ces rochers nous vîmes briller des armes. Les Russes étaient là-haut qui nous attendaient. Arrivés au pied de ces montagnes nous nous arrêtâmes pour faire le café. Pendant ce temps on nous fit décharger nos armes et les nettoyer pour les recharger à nouveau avec des cartouches fraîches. Puis le café pris, nous commençâmes à escalader la montagne par des sentiers de chèvres, sautant de rocher en rocher, en nous accrochant aux branches et aux racines. Bientôt des coups de fusils partirent de là haut et des balles sifflèrent à travers les arbres. Nous continuions à grimper, chacun cherchant un passage à travers les rochers et la broussaille, sous une grêle de plombs. Mais ces balles ne pouvaient nous faire grand mal ; elles passaient toutes par dessus nos têtes ou se perdaient dans les arbres. Nous étions les premiers en tête cette fois. Mais avant d'arriver en haut on nous arrêta afin de nous reformer autant que possible pour nous élancer ensuite en masse sur le plateau en culbutant l'ennemi à la baïonnette, qui était là, à quelques pas de nous, car nous l'entendions causer. Aussitôt que notre compagnie fut réunie nous nous élançâmes sur la hauteur la baïonnette en avant. Mais déjà l'ennemi avait vidé le terrain, nous le vîmes descendre en courant l'autre versant de 1a montagne dont la pente était beaucoup plus douce et plus unie, Nous lui envoyâmes quelques pruneaux de France comme disaient les soldats, mais qui ne lui firent pas plus de mal que ses pruneaux nous avaient fait1.

1. L’historique du 26e de ligne (26e régiment d’infanterie, historique du corps, SHAT, 4 M 34, folio 51 v°) permet de dater cet assaut au 23 septembre 1855.