Refus d'un éditeur parisien - 1900  Intégrale, p. 16.52-16.53.

Un jour, j’envoyai quelques-uns de mes manuscrits à un grand éditeur de Paris. Cet éditeur me répondit que les ouvrages sérieux comme les miens n’avaient plus de cours chez le public : « Faites-nous des romans, me dit-il, et nous nous empresserons de les imprimer. » Des romans c’est-à-dire toujours des mensonges, des absurdités, des imbécillités et des poisons. Des romans, des contes : A ma Doue ar zotoni1 ! Il y a déjà longtemps que l’humanité a passé par toutes les phases de la sauvagerie, de la barbarie, du despotisme, de la tyrannie, de l’imposture, de la canaillerie, de l’ignorance, de la folie et de l’imbécillité et toutes ces choses ont été racontées en contes, en légendes, en mythes, en histoires, en romans, en tragédies, en drames et en comédies et par des maîtres en tous ces genres de littérature. Que reste-t-il donc à faire aux pauvres gribouilleurs d’aujourd’hui ? Absolument rien qu’à essayer de copier leurs maîtres. Mais quelles copies - O Intronn Varia ar sclerigen, bezit truez ouzom2.

1. A ma Doue ar sotoni ! : Ah mon Dieu des sottises !
2. O Itron Varia ar sklerijenn, bezit truez ouzhomp ! : Oh Notre-Dame de la lumière, ayez pitié de nous !