Les bretonnismes de Jean-Marie Déguignet

Cette partie du site est consacrée aux bretonnismes, c’est à dire des expressions françaises et des tournures de phrases utilisées par Déguignet et qui sont traduites directement du breton. Cela rend la langue française d’autant plus savoureuse pour les habitants de la Bretagne bretonnante qui vivent dans cet environnement linguistique bilingue depuis un siècle.

Merci à tous les lecteurs de Déguignet de nous signaler ces bretonismes nous les rajouterons à notre liste.

La fréquence importante des Bretonismes de Déguignet a été souligné dès la publication des Mémoires d'un paysan Bas Breton par l'association Arkae d'Ergué-Gabéric :
« Le français de l'autodidacte Déguignet est surprenant, cousu de bretonismes, émaillé de citations en latin, en italien, en espagnol, truffé de digressions, mais riche de quantités d'expressions populaires, dans son savoureux parler de Cornouaille.»
B. Rouz, introduction p.17.
Le parti pris de l'édition de ces mémoires a été de garder les écrits de Déguignet en l'état (sauf les fautes d'orthographes).
« Les puristes de la langue française s'irriteront des formes incorrectes et des bretonismes. Nous avons pris le parti de respecter le texte, témoignage extraordinaire d'un autodidacte qui aspirait à maîtriser une langue qui n'était pas la sienne. »
B. Rouz, avertissement p.22.

 

 

Quelques bretonnismes de Déguignet

relevés par Hervé Lossec - exemples tirés des pages 35 à 45 des Mémoires d’un paysan bas-breton.

Il ne faisait pas beau suivre ce chemin
Ne oa ket brav mont gant an hent-se
En français on dirait « il ne faisait pas bon »
 
 
Je tire la malédiction de Dieu
Tennañ a ran mallozh Doue
En français « j’attire la malédiction de Dieu ».
 
Nous avions à faire à un autre sauvage
D’ober hon doa gant un den gouez-all
Le français utilise « avoir affaire à », tandis que le breton utilise
l’expression « Kaout d’ober gant unanbennak » : « avoir à faire
avec quelqu’un ».
 
 
J’étais grondé par la mère
Me oa follet gant ar vamm
La désignation de « la mère » plutôt que « ma mère » est aussi
typiquement breton.
 
Il ne manquait pas de bois
Ne fazio ket koad dezhañ.
Le français dirait « Le bois ne lui manquait pas »
 
 
Gare le penbas !
Diwall d’ar penn-bazh !
En français on dirait « gare au penbas ».
 
Il n’y avait nulle part aucun chemin
Ne oa hent ebet neblec’h.
La double négation est un bretonnisme fréquent.
 
 
A noter que nous avons délibérément laissé de côté les mots
bretons qu’utilise Déguignet dans son texte français.
Ceux-ci ne relèvent pas du phénomène de bretonnisme, c’est à dire
l’interaction des structures d’une langue sur l’autre.
On reliait cette corne à un des pieds de derrière
de la vache

Stagañ a reer ar c’horn ouzh troad a-dreñv ar vuoc’h.
Le breton n’utilise qu’un mot pour arrière et derrière.
 
 
>> Retrouvez ici la liste exhaustivedes mots
utilisés par Déguignet.

 

 

De Déguignet au Quimpertin

par J.-F.Douguet

En 1913 Louis Flatrès, Mellenig parti enseigner au Cloître-Saint-Thégonnec, écrit un petit opuscule Contribution aux efforts d’amélioration de l’enseignement du français et en particulier de la composition française dans les écoles rurales bretonnes, publié en 1920.

Véritable hussard de la République, il se fait le défenseur intransigeant de la langue de la République : « Quiconque pénètre sur le territoire de l’école doit laisser la breton à la porte ».

Cependant, c’est aussi un bretonnant, et fin observateur, qui ne manque pas, avec beaucoup de tendresse et d’humour, de constater les limites de cette affirmation : « Il arrive que le seuil de la porte tranche une phrase en deux tronçons : la tête est bretonne, la queue française… Bien entendu, le français qui se parle dans la cour n’a que de lointain rapports avec la langue de Voltaire. Chaque école a son jargon comme chaque commune son breton et son costume ».

 

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