Destinée de l'œuvre : entêtement d'un écrivain paysan, soldat et rebelle

Anatole Le Braz ne publia que le début du premier manuscrit dans la Revue de Paris pendant l'hiver 1904-1905. Le récit s'achève avec la campagne d'Italie et une mention « À suivre », mais il n'y eut aucune suite.
Le reste de cette première version est perdu.

Ce n'est que près d'un siècle plus tard, et presque par hasard, que le manuscrit de la seconde rédaction fut retrouvé et publié, avec un immense succès populaire : plus de 300 000 exemplaires de vendus en France avec des traductions en italien, en tchèque et en anglais. Et cela malgré une presse parisienne quasi silencieuse, à part Michel Polac, et aussi de nombreuses interventions de ses éditeurs dans les médias.
 
À côté de ses mémoires proprement dites, il reste encore quelques textes de réflexions personnelles (une Vie de Jésus, une Histoire des mythes) et quelques cahiers « de travail » (un cahier de note, son testament moral, des brouillons de lettres) en grande partie inédits.

Son œuvre a passionné, d'une part car elle laisse un rare témoignage sur la mentalité et l'évolution politique vers la République des paysans de la région de Quimper vers la fin du XIXe siècle. Les pages qui sont consacrées aux campagnes militaires sont également une rareté, car écrites par un homme du rang.

D'autre part Déguignet est un remarquable écrivain. Il avait lu la plupart de ses prédécesseurs, et maîtrisait la prose classique ; or il écrivait sans affèterie mais avec passion : au terme d'une destinée aventureuse mais ratée, il en avait à dire, et le lecteur sait vite le distinguer du pisse-copie ambitieux qu'on sent suer devant la page blanche.

Le portrait que Déguignet trace de lui-même nous montre un homme aux fortes convictions républicaines et anticléricales, capable d'entraîner ses égaux, polyglotte, surdoué, très intelligent et sans doute habile agriculteur, mais probablement susceptible d'outrances langagières qui ne facilitaient pas son insertion dans la société de son siècle.